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De « Stuxnet » à « Flame » : avatars d’une cyberguerre en devenir ? (22 juin)

C’est au début du mois de mai 2012 que l'Union internationale des télécommunications (UIT), agence des Nations unies basée à Genève, a vu plusieurs États du Moyen-Orient s’adresser à elle en raison de la découverte dans leurs systèmes informatiques et ordinateurs d’un mystérieux virus. Parmi les infrastructures informatiques touchées, on compte plusieurs centaines d’ordinateurs appartenant au ministère iranien du Pétrole et à la Société nationale du pétrole de la République islamique. En 2010, l’Iran avait déjà été touché par le virus Stuxnet qui avait considérablement endommagé plusieurs de ses infrastructures et ralenti le développement de son programme nucléaire.

Identifié par l’éditeur russe de logiciels antivirus Kaspersky Lab, ce mystérieux virus informatique surnommé « Flame » semble avoir infecté pas moins de 5000 ordinateurs à travers le monde : en Iran pour l'essentiel, dans la région israélo-palestinienne, au Soudan, en Syrie, au Liban, en Arabie saoudite, en Égypte et une poignée en Amérique du Nord. Kaspersky qualifie Flame de véritable « cyberarme » puisqu’il s’agit en réalité d’un logiciel visant à espionner les systèmes informatiques infectés, copier les informations disponibles, scruter les activités opérantes sur les ordinateurs et potentiellement les transmettre à un opérateur tiers. En raison de la sophistication du virus, Eugène Kaspersky, fondateur de la société éponyme, n’hésite pas à qualifier Flame de « nouvelle étape » dans la cyberguerre.

Selon les premières analyses effectuées par Kaspersky, Flame aurait commencé à infecter des systèmes informatiques depuis au moins deux ans. D’autres laboratoires informatiques, ayant eu l’occasion de travailler sur le code du virus, affirme que Flame pourrait avoir été initialement lancé il y a plus de cinq ans. Au cours des dix dernières années, les actes supposés de cyberguerre se sont multipliés de par le monde. Depuis les attaques de DOA « denial of access » sur l’Estonie en 2007 ou contre la Géorgie en 2008 jusqu’aux « cyberbombes » à retardement chinoises découvertes dans le réseau électrique américain en passant par l’épisode Stuxnet, la cyberguerre est aujourd’hui au centre des discussions tant dans les cercles militaires que dans les cercles politiques. Même si l’on est ici loin du « Pearl Harbor numérique » prophétisé par certains observateurs, force est de constater que les derniers développements illustrent clairement une militarisation croissante du cyberespace.

Alors que le monde découvrait Flame, le quotidien américain New York Times révélait dans le même temps que le virus Stuxnet avait été spécialement conçu, conjointement par les États-Unis et Israël, pour empêcher l'Iran de se doter d'une force de dissuasion nucléaire. Plus récemment, le Washington Post affirmait de son côté que Flame et Stuxnet étaient en réalité deux avatars d'un programme de cyberguerre connu sous le nom de code « Jeux olympiques » (« Olympic Games »). Mené par la NSA et la CIA américaines, qui se partagent les compétences de développement informatique et d'infiltration, et par Israël le programme « Olympic Games » représente un premier précédent historique dans l’histoire des cyberconflits.

Pour David Sanger, journaliste au New York Times, il existe bel et bien un parallèle entre la cyberguerre en devenir et l’arrivée de l’arme nucléaire. Dans le cas d’Hiroshima, le monde a compris ce jour-là que la guerre ne se penserait plus de la même manière, même si, comme le souligne David Sanger, il aura fallu attendre la crise des missiles de Cuba entre les États-Unis et l’URSS pour que les implications stratégiques soient clairement visibles par tous. Dans le cas de Stuxnet et de Flame, c’est l’opposé. Pas d’évènement spectaculaire visible, pas d’équivalent du champignon atomique pour symboliser le changement d’époque. Et pourtant la cyberguerre entre États semble déjà être une actualité brûlante...

Pour en savoir davantage sur ces événements, vous pouvez consulter notre revue de presse internationale.